Recherche épidémiologique

 

Des articles additionnels concernant des projets de recherche choisis se trouvent ici.

 

 

Une infection par le virus VIH accroît le risque de cancer

Dr phil. Olivia Keiser, Institut de médecine sociale et préventive, Université de Berne

 

De plus en plus de personnes séropositives vivent en Suisse. Grâce aux thérapies modernes, rares sont celles qui contractent le sida. Mais l’atteinte causée au système immunitaire et l’augmentation de l’espérance de vie des personnes séropositives accroissent le risque de cancer.

 

Une infection par le virus VIH affaiblit le système immunitaire. Un organisme aux défenses immunitaires amoindries est plus sujet aux maladies infectieuses et à différentes formes de cancer. C’est pourquoi la plupart des personnes séropositives mouraient autrefois du sida en l’espace de quelques années. Cette situation a heureuse ment changé. La thérapie antirétrovirale moderne, basée sur une combinaison de plusieurs médicaments, empêche la multiplication des virus VIH. Les patients traités sont moins malades et leur espérance de vie s’est nettement améliorée.

 

Mais vivre pendant des années avec un système immunitaire affaibli n’est pas sans conséquences. Comme les défenses immunitaires jouent un rôle important dans le contrôle des virus cancérigènes et des cellules tumorales, les personnes séropositives contractent plus souvent le cancer que celles en bonne santé. Un exemple est l’accumulation de cancers du foie chez les patients séropositifs à cause d’une infection chronique mal contrôlée par les virus de l’hépatite B ou C.

 

Olivia Keiser étudie à l’Université de Berne les liens entre l’infection par le virus VIH, l’âge et le cancer. Elle collabore avec des représentants des registres suisses des tumeurs et des chercheurs de l’International Agency for Research on Cancer (IARC) à Lyon. Leur équipe analyse des données rassemblées par les registres suisses des tumeurs et l’Etude suisse de cohorte VIH (SHCS). Cette étude rassemble depuis 1988 des données sur le déroulement de la maladie de plus de 16 000 habitants de Suisse séropositifs pour mieux comprendre la maladie et optimiser le traitement des patients.

 

Les résultats de l’étude d’Olivia Keiser sont importants dans l’accompagnement des personnes séropositives: «Une fois que nous saurons de quels types de cancer les patients séropositifs sont le plus souvent atteints et quels sont les facteurs de risque, nous pourrons développer de meilleures mesures de prévention.»

 

Le cancer chez les personnes âgées

Prof. Dr med. Matthias Egger, Departément de médecine sociale et préventive, Université de Berne

 

De plus en plus de personnes vivent de plus en plus longtemps. En Suisse également, la proportion des plus de 65 ans s’accroît en permanence. L’importance du cancer comme cause de décès augmente également – car la plupart des cancers touchent essentiellement les personnes âgées. C’est pourquoi le professeur Matthias Egger focalise son projet de recherche sur les hommes et les femmes parvenus au dernier tiers de leur vie.

 

Dans le domaine de la recherche épidémiologique, les sujets de plus de 65 ans constituent une catégorie de la population qui est plutôt négligée. C’est ce que le professeur Matthias Egger entend contribuer à changer avec son projet. Au centre de ses travaux figurent des questions qui se posent en matière de mortalité par cancer: Quels sont les facteurs qui influent sur le risque de mourir du cancer pour une personne âgée? Le sexe, le lieu de résidence ou le niveau d’éducation jouent-ils un rôle? Et quels sont les éléments du mode de vie – comme le tabagisme ou l’alimentation – qui influent sur le risque de décès?

 

Pour pouvoir trouver réponse à toutes ces questions, il faut procéder à l’analyse d’une énorme quantité de données. «Pour notre étude, nous utilisons entre autres des données provenant des recensements des années 1990 et 2000, ainsi que les statistiques de décès allant de 1990 à 2005», explique Matthias Egger. «La banque de données comporte des informations sur près de sept millions de personnes et sur quelque 230000 décès dus au cancer.» Nous nous servons en outre des résultats de l’enquête suisse sur la santé de 1992: à l’époque, on avait interrogé plus de 15000 personnes sur leurs opinions, leur état de santé, leur mode de vie, etc. L’évaluation des données s’effectue bien entendu de manière anonyme, de sorte qu’il est impossible de tirer des conclusions sur des cas individuels.

 

Les résultats de l’étude pourraient jouer un rôle important pour la planification de la politique de santé. Par exemple lors de l’élaboration de campagnes sur la prévention du cancer, lesquelles s’adressent aujourd’hui presque exclusivement aux personnes de moins de 65 ans. On ne sait pas, actuellement, si les personnes âgées ne pourraient pas, eux aussi, en bénéficier. «Pas encore», rectifie le professeur Egger.

 

Toucher précocement les femmes présentant un risque élevé de cancer du sein

 

Prof. Dr med. Christine Bouchardy, Registre genevois des tumeurs, Genève

 

Quand une femme a de proches parents atteints de cancer du sein, son propre risque de développer ce type de cancer augmente. Ces femmes pourraient particulièrement profiter des mammographies de dépistage. Mais qu’en est-il vraiment du dépistage chez les femmes présentant un risque élevé de cancer du sein? Pour répondre à cette question, les données du registre genevois des tumeurs ont été analysées.

 

Il est judicieux que les femmes présentant un risque de cancer du sein accru dû à des antécédents familiaux fassent régulièrement une mammographie de dépistage déjà avant l’âge de 50 ans. En effet, plus le cancer du sein est dépisté tôt, plus les chances de guérir de la maladie sont élevées. Toutefois, dans le canton de Genève – c’est là le résultat de l’étude menée sous la houlette de la professeure genevoise Christine Bouchardy – les femmes présentant un haut risque de cancer du sein ne profitent pas (encore) suffisamment de cette possibilité.

 

On a analysé le dossier médical de 824 femmes qui ont développé un cancer du sein dans le canton de Genève avant l’âge de 50 ans. Quelque 10% des patientes présentaient un risque accru dû à des antécédents familiaux, 90% d’entre elles un risque «normal». Il a été constaté qu’auprès des patientes au risque élevé, le cancer n’a pas été découvert plus fréquemment à la suite de mammographies de dépistage que chez les autres femmes.

 

Les jeunes femmes qui présentent un risque élevé du cancer du sein ne se soumettent donc pas encore suffisamment souvent à une mammographie – du moins dans le canton de Genève. La situation se présente probablement de manière similaire dans d’autres cantons suisses. Bon nombre de femmes concernées ne savent même pas qu’elles ont un risque de cancer du sein accru et qu’elles devraient, pour cette raison, faire des mammographies de dépistage déjà avant l’âge de 50 ans. L’auteure de l’étude se prononce en faveur d’une meilleure information à la fois du public et des médecins sur la question de savoir quand une femme présente un risque élevé de cancer du sein et quelles seraient les mesures de dépistage appropriées dans une telle situation.